mercredi 22 décembre 2010

La preuve irréfutable de l'existence de D.ieu


Quand ça fait plus de deux mois qu'on n'a pas écrit, n'importe quel début peut sembler pompeux. Alors allons-y en grandes pompes.

La vie, elle se fout bien de ma gueule. M'est arrivé ce que Earl, ou mon père dirait un "putain de retour karmique." Quand ça vous arrive, je vous assure, ça fait mal au dent, au cul, mais quoi qu'il arrive il faut bien sourire, sinon on sort perdant.

Reprenons.

Fin juillet, Ex me plante après des vacances idylliques au Portugal. Ne me reste que ma mycose pour me tenir compagnie et mon mille euros de découvert. C'est là que Sauveur m'envoie des billets pour Bordeaux et avec lui je m'envoie en l'air entre les vignes, sirotant des grands crus, squattant gaiement au mariage de Serge et Isa.

Mon deuil tragique d'Ex aura duré deux semaines, durant lesquelles j'ai bien remis en question mon degré d'engagement, moi qui deux semaines auparavant pensais emménagement et enfant avec lui, me voilà donnant mes clefs à Sauveur dès la rentrée.

Je faisais ma maligne, comme je m'en remets vite de ce salaud d'Ex, mais ça, c'était avant qu'il revienne. Oui, encore.

Donc il est revenu, je peux pas mentir en disant que j'ai pas hésité... A mort j'ai hésité. Ca a été une lutte acharnée entre le passé velours et l'ardent présent, les souvenirs glorieux et l'avenir reluisant. Le pire, c'est qu'Ex et Sauveur, c'est le jour et la nuit, autant l'un est pâle que l'autre est olivâtre, l'un circoncis et l'autre pas, l'un Juif et l'autre Musulman. Je rigole pas : si la communauté internationale, ou TF1, aurait été au courant, on aurait fait scandale mazette. Mais non. Au lieu de ça j'ai serré les dents pour pas céder aux avances et garder suffisamment la tête froide pour savoir avec qui moi je voulais être, au juste.

La vérité, c'est que j'ai finalement opté pour la troisième solution choc : moi-même. Oui, je voulais surtout être avec moi-même. Mais Sauveur s'en foutait, alors il est resté, et moi, de la chaleur humaine et des belles dents, je dis pas non.


Donc on en arrive à il y a deux semaines : je suis enfin droite dans mes bottes depuis plus de deux jours, je veux Sauveur, et tant qu'on y est, pourquoi on déménagerait pas ensemble, puisque tu squattes mon 20m2 depuis septembre Sauveur, et que l'un sur l'autre on n'en peut plus. Bethsabée est donc au bureau tandis que Sauveur fait des visites. Oui, il bosse en freelance.

Parfois, Bethsabée va prendre un verre avec Ex qui lui dit "viens vivre avec moi, on sera heureux", et on oubliera bien vite le fait que j'ai voulu vivre pendant douze mois avec toi l'Ex mais qu'au lieu de ça t'as méchamment résisté puis tu m'as quitté comme on retire une chaussette humide après un jour de pluie.

Moi qui avais tellement voulu vivre avec Ex, le fait que lui veuille maintenant était très amer. Sauveur le comprenait, même qu'il me disait souvent "putain, ça doit être hyper frustrant pour toi." (Sauveur est très fort et très compréhensible, à la longue.) Je disais oui. "Frustrant", je crois qu'on tient le bon mot.
Désormais c'était Ex qui était prêt et qui voulait. Trop tard. Dommage quoi.





Donc il y a deux semaines, métro Oberkampf, Sauveur et moi nous visitons un appartement. Sauveur dit : "Je suis content que tu sois là, c'est le premier appart' qu'on visite ensemble." On verse pas une larme, parce que l'appart' en question est moche, mais presque. On visite, on la joue cool, on va bientôt partir quand...

...


...


...

Sauveur dit : "Y'a Ex qu'est là !" et je regarde dans l'embrasure de la porte, et effectivement, y'a Ex qu'est là.



Je récapitule (même dans un film hollywoodien de merde, cette scène n'est pas crédible) : en visitant un appart' avec mon nouveau copain, je tombe sur mon ex qui visite le même appart'. La blague. Imaginons le trio : je regarde Sauveur serrer la main à Ex (quels hommes !), Ex voulant à tout prix éviter de me regarder, ou de me faire la bise, moi insistant, et dans la foulée y'a ma pote L. qui accompagne Ex pour faire genre c'est un couple parce que ça passe mieux avec les proprios (la question que tout le monde se pose est : font-ils vraiment genre ?) (je dis oui) et je lui fais "hey, salut meuf", et pendant toute cette action j'ai eu le temps de voir Ex rougir et Sauveur pâlir. Plutôt marrant quand même.

Enfin, c'est ce que je me disais sur le coup.

Après, j'ai laissé mon esprit divaguer sur l'ironie de la vie.

Une phrase de moins il y a six mois aurait fait que ç'aurait été Ex avec qui j'aurais visité cet appart' pourri à Oberkampf. Un jour de plus pour laisser sa colère se calmer, trente minutes de patience de ma part pour le laisser cuver, un geste - sa main qui me retient quand je pars, ou quand je le baffe - une somme d'infinités et de possibilités et l'équation n'aurait plus été la même.



Et encore.

C'est là la vraie question. Tout baignait avec Ex. Enfin non, ça baignait pas, mais je l'aurais pas quitté, parce que je l'aimais. Vraiment ? C'est ce que je me disais. Je voulais pas que ça se finisse ; et pourtant, j'ai pas pu y retourner. Y'avait déjà un troisième pôle à l'équation de nous deux : Sauveur. Un geste aurait-il suffi ? La rupture tue en bouche, et j'aurais salué Sauveur comme un simple ami au bras de mon mec lors d'une visite d'appart' où l'on se croise tous par hasard ?

Bullshit.

Il y a six mois, c'était Ex qui rompait pour de vrai, et sans ça ç'aurait été un cheveux blond sur sa veste, un SMS foireux ou son dédain qui me harcèle qui aurait tout fait planter. Effet papillon : on est donc tous susceptibles un jour de se retrouver à visiter un appartement, coincée entre son ex et son mec. Qu'on se le dise sous le manteau.

Enfin, c'est pas le pire.
Bien que je m'en remettais pas, de cette scènette lubitschienne, j'en ai un peu profité.
Sur la route, on a rejoins Giugiu, mon ami journaliste qui croit vraiment que l'objectivité journalistique, c'est possible. Giugiu est si terre-à-terre, si athée et si peu spirituel, qu'avec lui je ne peux que vouloir désespérément croire en D.ieu, moi la non-croyante. Donc, j'essayais de le convertir :

"Putain Giugiu, me dis pas qu'après ça D.ieu Il n'existe pas."

Giugiu, c'est un journaliste, il est imperturbable : "Non, c'est lé même ami en commun qui vous a mis sur lé coup, donc c'est pas si dingue qué ça qué vous vous retrouviez à la visite." (Giugiu est Italien, pour ceux qu'ont pas compris.)

Quel esprit imperturbable celui-là. Moi, j'étais prête à aller faire Kippour et troquer Noël contre Rosh Hashana...

Or, contre la logique de Giugiu, il y eut encore une intervention divine.

Une demie-heure était passée, on était sur le quai de la Gare d'Austerlitz, et je faisais des blagues vaseuses à mort sur notre fier trio, quand Sauveur à redit :

"Tiens, y'a encore Ex."

Dammit.

J'vous jure, il était encore là, toujours avec ma pote L. Cette fois, personne n'a changé de couleur, on s'est marré, parce que bon, hein, faut pas déconner la vie, tu veux qu'on se détende du slip, et ben d'accord, on va tous de ce pas se toucher les nichons et se rouler des pelles. Chose qu'on a presque faite : on a donc pris le métro ensemble, sachant qu'en plus on était au terminus, et que par conséquent, à part nous, le quai était vide.

Par miracle encore, ils se sont retrouvés seuls, l'un face à l'autre. J'ai même pris une photo...



C'était marrant.

C'est là que j'ai presque réussi à faire admettre à Giugiu que D.ieu, non seulement il existe, mais que vraiment, c'est sûr, il est Juif, avec l'humour qu'il a.



mardi 19 octobre 2010

Entre chien et loup


Il arrive parfois d'étranges choses qui ne s'expliquent pas.

Moi,
par exemple (c'est étonnant), je vous ai pas dit mais dernièrement j'ai vécu en même temps une rupture et un début d'histoire. En même temps, en vrai. C'est dingue.

Déjà, ça va à l'encontre de toute logique et de tout bon sens. J'avais décidé de ne plus rien faire jusqu'en 2012 et bam!, je découvre le sexe d'après-midi.
J'avais décidé de ne pas me remettre direct en couple, histoire de me connaître, me rencontrer, faire toutes ces choses folles qu'on fait lorsqu'on est célibataire et que j'ai quasiment jamais faites, ou si peu, et bim!, y'a des détails qui trompent pas, y'a un mec qu'habite chez moi.





No comment un peu.

Alors tout ça, l'euphorie, la découverte de l'autre, les bons délires, la vie, l'amour, les piles à bloc dans le coeur, les nouveaux petits plats, les rires, les bêtises, s'est trouvé mêlé malgré moi et inévitablement à l'absence, le silence, la nostalgie, les regrets, les amertumes, la tristesse et le vide.

Du plein, du vide.

Un début, une fin.

En même temps.

Au début, c'était constamment présent, les sentiments étaient complètement imbriqués, autant dire que c'était bien le bordel dans la tête/le corps/le cœur, et puis ensuite c'est venu par vagues. Marine et marées basses sentimentales, du rire aux larmes, être béate de joie et danser en culotte comme dans une pub Motorola pour ensuite pleurer d'un rien en regardant par la fenêtre comme dans un téléfilm de dimanche sur TF1.




On fait comme on peut, hein.

J'assume les clichés du truc, de la micro-tragédie de pouffe, c'est trop difficile l'amour tu comprends, et puis la tristesse aussi, ah la tristesse, mais vraiment il y a quelque chose de profondément marginal et dérangeant dans ce marasme émotionnel : s'autoriser à vivre ces moments-là en simultanéité, - et même après par vague, s'autoriser le paradoxe constant du cœur. Pour de vrai, pas comme on dit à sa copine qui vient de se faire plaquer alors que deux jours avant le mec lui a parlé d'habiter ensemble (c'est courant, ce n'est pas arrivé qu'à moi) que le cœur est changeant et insondable, il faut avoir les ovaires solides pour ressentir des choses qu'on ne lit pas dans les magazines, et qu'on voit pas trop autour et qui en général n'est pas très conseillé pour la santé. Mentale, tout du moins. Ce n'est pas ma chair qui criera famine.




Cette constante tension pourrait se voir comme quelque chose de romanesque et romantique. Sauf qu'en vrai, c'est vivre avec dans les tripes une impression de toujours être ailleurs. Les jambes tout droit, et les yeux derrière. Ou les yeux devant, la main qui à l'opposé se tend. Compliquée, cette dislocation complète de ce qu'on croyait, de nos valeurs. Puis croire à un avenir prometteur alors qu'on enterre un énième cadavre dans son placard.


Une fois, on a essayé de me trouver une signification au fait qu'il faut toujours que les portes de mon placard soient fermées. Désormais, Freud à part, je sais ce qu'elles cachent. Du H&M et des anciennes histoires.

C'est là aussi l'ironie et la bêtise des choses de la vie : il y a toujours l'ombre d'un ex quelque part. Enfin, pour moi.



On est maqué et l'ex prend un grand E, comme ça, c'est l'Ex, qui téléphone, l'Ex avec qui l'on dîne encore, l'Ex qui ne l'oublie pas, l'Ex qu'on trouve paumée à être encore dans les parages de sa vie... Quand on est fâchée, on lui met même un x majuscule : "ton EX". C'est qu'alors on n'est pas conscient qu'un jour ça risque d'être nous la fameuse, et cette blonde frangée disparaîtra de l'équation aussi sec. Comme si elle n'avait jamais existé, finalement.
C'est bizarre quand même, c'est comme s'il fallait toujours qu'il y ait l'ombre d'un ex. Un équilibre bancal à la Duras, où pour que ça tienne faut sans cesse être trois. Toi+Moi+ attention derrière toi.




Et quand j'y pense, cet ex qui rôdait et qui revenait de temps à autre dans nos conversations honteuses, il a totalement disparu à partir du moment où l'histoire s'est terminée (me suis faite plaquée) et que j'ai rencontré quelqu'un d'autre (me suis maquée). J'ai à la place un nouvel ex pour obscurcir le tableau, je dirais pas tout nouveau tout beau c'est indécent, mais quand même il est tout frais, encore chaud même. La couille dans le potage, la menace dans l'équation.
Ceux et celles qui n'ont jamais connu ce problème d'Ex, je dis pas, chapeau bas, sauf que moi je sais pas comment on fait pour changer si vite d'état d'esprit et de délire et comment on fait pour pas avoir envie tout le temps d'envoyer un MMS avec une photo foireuse d'un bouquin dont on avait parlé, de ces chaussures moches que t'as failli acheté que porte une dame dans le métro, cette chanson, etc, etc.

Ah, je comprend mieux : c'est pour éviter et contrôler ces envies-là qu'en général on prend du temps entre deux histoires.
Pour ne pas ressentir si violemment, par la force de la présence de l'autre qui offre prématurément un point de comparaison, cette impression vivante d'avoir perdu un ami.




Pas con, de prendre le temps.

Rencontrer un nouveau, perdre un autre, c'est un peu la caricature de mes pires moments de la primaire ou du collège en terme d'amitiés. Je doute de la maturité de mon affaire.

Mais alors quoi ? Fermer la porte ? S'empêcher de vivre ? Dire non merci au petits-déj au lit, à l'amour-toujours, aux mises au point, à la fraîcheur de vivre (hollywood chewing-gum) ?

Comme me dit mon cousin en guise de crédo philosophico-sociétal :

"Esto no es Hollywood."


EL GUINCHO | Bombay from MGdM | Marc Gómez del Moral on Vimeo.


samedi 28 août 2010

L'été en pente douce


Il faut croire que ce mois d'août 10 est beaucoup plus long et puissant que je ne le pensais.




Pourtant, le plan de départ était simple : après une course poursuite téléphonique avec HSBC, mon compte bloqué, mes études finies, mon mec définitivement parti, ne restait qu'un seul espoir : Paris en août. J'y ai passé suffisamment de temps, c'est-à-dire deux semaines, pour constater ce que tous savent mais peu admettent : les gens en août à Paris sont moches.

Et me dites pas non.

Déjà, il y a presque que des touristes. Ils sont pas beaux, souvent gros, et mal lookés. Puis il y a les nerds du travail. Ils ont le teint pâle, pas d'amis, peu de conversation, que du boulot en tête et de la plainte à l'âme. Puis, il y a les pauvres. Ceux qui n'ont pas pu partir longtemps, partir vraiment, ceux qui sont mal nés et qui ne connaissent pas la joie d'avoir une maison secondaire en Corse, ou au pays Basque. Dommage pour eux. Et dommage pour moi, puisque je suis eux. Alors j'ai bien essayé de changer de position, de devenir une nerd de travail qui reste à Paris en août parce que le boulot et blabla, franchement ça a failli marcher mais au bout d'un moment il a fallu voir les choses en face : les pauvres articles que j'écris, je pourrais tout aussi bien les écrire au bord d'une piscine dans un endroit de rêve, genre Les Baux de Provence. Par exemple.


Bingo.




Comme quoi, dans la vie, je sais pas s'il faut voir loin, mais au moins faut bien s'imaginer qu'une autre vie est possible, ailleurs.


Si le fait d'avoir traînassé dans les rades pourris de Paris en août m'a appris le désavantage physique des aoûtiens, la seconde moitié du mois d'août ébauche une leçon moins superficielle et bien plus difficile à saisir. Comprenez-moi : il y a deux semaines, à peu près, je me promettais quelques quatre mois d'abstinence forcée (qu'est-ce qui m'a pris de taper dans le catholicisme, allez savoir, j'allais vraiment pas bien. A chacun sa post-rupture...), des jours gris à Paris à manger le même paquet de spaghetti toute une semaine, avec pour seul espoir la promesse de comprendre mon histoire d'amour sans doute passionnelle, somme toute ridicule. Franchement, y'a mieux comme vacances.

Comment j'en suis arrivée là, je ne sais pas.




Enfin, si, un peu, mais on s'en fout des détails. Ce qui compte, ce sont les billets de train. Et ne pas l'avoir raté. Être venue sans trop savoir pourquoi. Céder au pacte du pourquoi pas, qui se révèle finalement illimité. Il y a toujours un pourquoi pas qui nous emmène n'importe où... Et me voilà à squatter un mariage dans la Haute-Gironde (je connaissais même pas l'existence d'une telle région), entourée de vignes, à m'enivrer de Bordeaux, danser le rock comme les vieux pour finalement atterrir dans la maison de tes rêves, un peu.



J'ai disparu dans un endroit où l'Iphone ne capte pas, ne sert pas, et j'ai l'impression qu'il s'est passé mille ans en dix jours. Je suis constamment entourée de gens, et pourtant je ne me suis jamais autant sentie avec moi-même. C'est ça qui est drôle : je suis enfin dans une situation qui dépasse mon propre entendement. Mon cerveau ne suit plus. J'ai rien à penser vraiment, puisque je n'ai suivi en rien ni mes plans, ni mes promesses, ni mes idées.



La mélancolie de ma rupture, je la cherche. Le matin, quand j'entends les grillons et que je vois les Alpilles à perte de vue, j'essaie de nouer mon estomac, de penser au pire, à l'amer, j'essaie de déchaîner les peurs, mais rien n'y fait : j'avale mon thé tranquille avant d'aller faire la planche dans l'eau... Ma rupture est devenue un concept qui ne m'apprend finalement qu'une chose : c'est fou ce que le cœur humain est béton. C'est fini, la peine d'amour façon 19ème siècle. Un jour, tu crois tout perdre, tu crois morfler, tu crois crever, puis les jours passent, et vite, et enfin tu te regardes de loin. Le corps qui te semblait auparavant tien s'estompe. Le sentiment de singularité et de propriété de l'autre se désabuse.

Il n'est plus fait pour moi. Déjà. Je m'en fous pour qui il est fait. Ensuite.

Les valeurs auxquelles je m'accrochais ne résonnent plus. L'histoire de son sens est vidée.




Du coup, je me pose la question de l'honnêteté envers moi-même, et la question de la lucidité.
Je sais pas comment l'expliquer plus clairement : je ne me comprends pas. Que ça aille bien, c'est douteux. Je croyais avant que je voulais passer mes dix prochaines années au moins avec un type, et maintenant il n'est pas dans le paysage actuel, et pourtant l'avenir ne m'a jamais semblé si intéressant, radieux. C'est cliché, le délire ma rupture m'a libéré, certes, et c'est surtout illogique lorsque ce n'était pas tellement désiré. Je ne me sentais pas entravée. Je me croyais bien dans cette histoire. Et là, je vois, je crois, que j'avais tout faux ; que c'était pas si cool, si fort, si tout ça. J'ai l'impression que mon cerveau a mal fait son boulot, que je ne voyais pas les choses correctement, avec lucidité. Mais enfin. Je vais pas me fouetter non plus.




On dit souvent femme varie. Pour avertir les hommes. Moi je trouve que c'est surtout entre meufs qu'on devrait se répéter ça, avec soi-même qu'on devrait se menacer et se prévenir, pour qu'on calcule à quel point on est flippante : à quel point on varie. A quel point il est difficile de s'en tenir à une idée fixe.

J'ai cicatrisé si facilement.




Ainsi, voici comment d'une convalescence urbaine sentimentale pourrie, je me retrouve à me la kiffer dans cet été en pente douce. Dans un Sud à la Giono, fantastique et improbable, avec cette sensation de donner la main à moi-même et de faire connaissance. Sans savoir où je vais. En adorant ne pas connaître - ni vouloir - demain.

C'est chelou le bonheur.


Quand même.

dimanche 8 août 2010

Et tu seras un homme, mon fils.



Le temps de la prédication est venu. Il est temps du grand prêche. Voyez-vous, tout part en couille, c'est la débandade, et ceux qui ne sont pas là, à Paris en août, ne peuvent pas comprendre de quoi je parle.
Blagues à part, je vous préviens, ce qui suit va sembler moral et vieux genre, mais pour moi c'est comme une illumination. Alors voilà.

Sur la route d'Honfleur, parce qu'avec un ami on a eu la bonne idée d'aller à Honfleur le seul jour de la semaine où il a plu toute la journée, samedi, on a eu des discutions transcendantes. Puis on s'est baigné, vers 19h, l'eau était bonne, c'était chouette, et en rentrant on s'est raconté des histoires trop bien qu'on avait lues. C'est une bonne conversation de voiture que de se raconter les histoires des livres.
Bref. A l'aller, en discutant plutôt passionnément, -c'est un garçon passionnant-, et en parlant de la vie, de tout, on est arrivé à un constat majeur en ce qui concerne les relations hommes-femmes et qui était l'un des seuls points de la conversation sur lequel on a été immédiatement tout à fait d'accord :

les hommes sont lâches et les femmes ne sont pas indépendantes.






Communément, j'entends. En général. Ne me dites pas "y'a lui, y'a elle."
Ça nous est venu alors qu'on parlait de rupture, ce brillant constat moderne. (Moderne ? Vraiment ? A voir.)

Exemple : hier, dans le taxi, le chauffeur disait de conneries (vraiment pas nécessaire de s'attarder sur les détails, croyez-moi), et alors que je lui répondis du tac-au-tac, il me rétorqua:

"Qu'est-ce qu'il y a ? Vous venez de vous faire larguer par votre mec ou quoi ?"

En l'occurrence oui, mais je voyais pas le rapport. (Je lui ai pas dit hein. Je lui ai dit Quoi ?) Il me dit que c'est que parce que j'ai l'air énervé.
Ainsi je m'en rends encore plus compte : l'on pense que les hommes sont la seule raison des états d'âmes des femmes. Je lui ai dit que j'aurais me prendre une tarte par mon père, être lesbienne, ou avoir mes règles (c'était aussi le cas), un mal de dents, être dépressive et que sais-je. Je lui ai même dit que si ça trouve, j'étais un homme. Il me fait "ok, ok", et on n'en parle plus.



J'ai repensé tout de suite à la discussion d'avec mon ami ; je me disais que le pire, c'est qu'il ne peut rien arriver de plus terrible pour un être autonome que de se flanquer avec un lâche, et vice-versa : un lâche souffrira tellement avec une fille du genre collée ses basques... C'est bon pour d'interminables dilemmes.

En plus, cette formule peut se retourner dans tous les sens et rester néanmoins toujours défectueuse:
lâche + dépendante = cheum
dépendante + lâche = souffrance
lâche + indépendante = séparation en eau de boudin
courageux + dépendante = ça pas pas le faire

Vous voyez ce que je veux dire ? Jamais rien de bon dans l'équation avec un lâche et/ou une pas-autonome dans le lot.



Ceci amenant cela, j'ai tellement de trucs à faire en ce moment dans ma vie, comme être plus autonome (ça, par exemple !), que j'ai décidé de faire abstinence jusqu'en 2011.

Sentimentalement j'entends.

(En ce qui concerne l'abstinence sexuelle, j'ai pas encore décidé.)

Dans ma mifa, mes tantes se marrent bien, et les paris sont lancés.



C'est bien la première fois que je décide de ne pas m'embarquer dans une histoire d'amour... Il y a des fois où je l'ai cherché, voulu, pas voulu, cependant décider franchement que niet, un mec ne passera pas ma porte, ou en tous cas pas pour y laisser sa brosse-à-dent, c'est tout neuf. J'ai longtemps été comme allergique à l'engagement, mais ça, j'ai réglé avec le temps. Là, il faut juste que je ne sois pas comme ces meufs, et presque toutes sont comme ça, qui pensent, vivent, et sentent garçon.




Je suis comme ça, beaucoup, j'adore les garçons, mais là il est temps de me préférer moi-même. Franchement.


Alors voilà. Si j'ai pas intitulé ce post "Abstinence 2011", c'est uniquement par peur de me faire racoler par des associations religieuses bizarres issues de Twilight, pseudo protestantes, et qui prônent ce genre de choses. Je veux enrôler personne dans cette expérience inouïe, inoubliable, et inimaginable pour moi qui ne suit presque pas célibataire depuis douze ans. Oui, ce n'est pas façon de parler, ça fait bel et bien douze ans bordel que je n'ai pas passé plus d'un mois sans rien faire avec un homologue masculin.

Alors je tente l'expérience à titre personnel, pour voir si ça sera marrant. Quatre mois devant moi (avec interdiction formelle de faire un gang-bang géant pour le premier de l'an.) Ça promet d'être drôle, sûr.

Je peux vous dire que pour l'instant, j'ai eu un certain plaisir à me sentir libre, aller à la mer, danser, rire, et pas forcément seule, bien au contraire, seulement avec un sourire en coin sachant que je ne serai pas trop effleurée et dormirai comme une sainte dans mes draps blancs. Avec l'idée de rien devoir à personne. J'ai plus l'âge de rouler une pelle parce qu'on m'a payé deux shots. Je suis presque bientôt vieille.




Pour conclure, je savais pas que changer le nom de mon blog, et d'y ajouter "priez pour moi" allait me faire tant d'effets. Mais enfin.

Cela me donne presque envie de dire amen. Dommage que je ne sois pas monothéiste.





samedi 31 juillet 2010

Le syndrome Bergman

Une récente étude a observé que si un couple divorce, cela influence tellement son entourage qu'il incite d'autres couples à divorcer. Ce que montre cette étude, c'est que le divorce est un phénomène social, comme les tatouages, les percing, la baise avant le mariage. Le divorce peut donc devenir, au sein d'un groupe d'amis, un phénomène de mode.

Si elle le quitte pour le premier venu, une folle passion, un tic, pourquoi pas moi ?

Bonne question. Allons voir au pré d'à côté. Pousse-toi chéri, que je regarde mieux par-dessus ton épaule.

Personnellement, cette idée me semble vieille comme le monde : les décisions des autres, la vie des autres, nous ramènent sans cesse à nous-même. C'est cathartique ; grâce à eux, ou à cause d'eux, on se remet en question, on frise le risque, on flirte avec le doute. On est un peu des tapettes, vivant par procuration, ou alors des faibles influençables, ou tout simplement humains, trop humains.

Cette idée est admirablement illustrée dans Scènes de la vie conjugale, par ce monstre génial, Ingmar Bergman, qui a réussi à montrer le temps d'un film une vraie vie de couple. C'est le premier élément perturbateur du film, le lancement de l'effet domino, ce que j'appelle le Syndrome Bergman : un couple d'amis des protagonistes se sépare = ébranlement intérieur pour tout le monde. Car une fenêtre s'ouvre, un autre horizon est possible : on s'y engouffre tous.

Au début, c'est le calme charmant d'une vie ritualisée à deux. On est intellos, on lit, on assume ne pas baiser comme des porcs tous les soirs, parce qu'on est dans un confort complet. Mental, physique, l'adéquation est en équation avec nos choix. On s'est aimé, on s'est marié, passe-moi le sel et je rentre tard ce soir. Et bonne nuit chéri.





Mais à l'annonce du divorce de leurs meilleurs amis respectifs, elle est perturbée. Même trop. On dirait que c'est son couple qui s'effondre, et lui ne comprend pas. Il a du mal à la consoler vraiment, tant il ne pige pas la légitimité, la logique, la force de son effondrement. Lorsque des amis à nous se séparent, on se sépare nous-même un peu, on essaie de ne pas sombrer à cette vague d'indépendance libertaire qui approche, mais c'est comme la Révolution française : les monarchies aux alentours avaient peur qu'elle ne contamine l'Europe. Alors elles ont fait la guerre. On ne veut pas que toutes les têtes sautent, et c'est compréhensible : il la quitte pour une pauvre meuf de 20 ans. J'ai vu son profil sur Facebook, elle me désole. On a tous envie de croire que notre pote est un homme sentimentalement intelligent. A tort. Je ne parle pas de clichés là, mais d'exemples. J'en connais mille. On en connait tous mille.

On fuit le vieux bateau. On veut faire du jet. Normal. Et on croit résolument que c'est la meilleure décision à prendre, puisqu'on l'a prise ; alors on influence les autres. On veut leur ouvrir les yeux. On veut leur bien. Vraiment.

Tu n'es pas obligée de te faire chier toute ta vie avec le même problème.
Le même mec.
Tu mérites mieux.
Tu te fatigues.
C'est pas la fin du monde.
Ça fait du bien.

Si ça va plus entre vous, faut arrêter les frais.

Sans blague, sauf qu'on est pas au Casino, là.

Et franchement, l'herbe est toujours plus verte ailleurs, puisqu'on débarque avec un regard neuf. C'est comme des vacances : on kiffe tout. C'est un nouveau départ.




J'ai plutôt envie de dire que ce n'est que le début d'une vieille et même rengaine. On a juste envie d'oublier un peu le refrain.




Mais enfin, quand on n'aime plus, on n'aime plus. C'est comme ça. Sauf que je ne m'explique pas pourquoi l'affaiblissement d'un sentiment, c'est contagieux.
Limite un truc de fille : t'achètes sur ebay ? Je devrais tester. T'en as marre de ton goujat ? Moi aussi.

Je n'en connais pas la fin. Et je me demande jusqu'à quand ce sera toujours le même manège. Ouh, que je suis vieille, limite de droite, mais quand même : jusqu'à quand, fouler de nouvelles contrées ? J'ai la chance, ou la lourdeur, de faire partie de ces filles, s'il y en a beaucoup, allez savoir, qui ne trippent pas sur les débuts d'une relation. Les débuts me font chier ; tout ce qui ne va pas en profondeur des choses m'ennuie. Donc les flirts débiles où l'on mord sa langue plutôt que d'aboyer son avis, le flou artistique amoureux dans lequel tout le monde se complaît aux prémisses d'une histoire, très peu pour moi.

Or, évidemment que je me suis déjà barrée comme ça, pour un rien, pour un autre, pour me faire un smoothie d'herbe fraîche, parce que ma culotte mouillait plus pour un inconnu idiot.

Mais ça s'arrête quand, ce manège ?

Jamais ?

J'en connais des couples qui se sont trouvés. Qui sont époustouflants tellement ils sont beaux ensemble. Qui sont des références pour nous, enfin pour moi, enfin pour celles qui vivent des couples branlants et loin d'être purement cinématographiques.

Par exemple, mon frère a réalisé ce clip :


Gush - Let's Burn Again


Pleins de couples câlins et que tout le monde se roulent des pelles était la seule instruction pour les figurants J'étais figurante sur le tournage ce jour-là. Avec mon mec. C'était très cool, on a bu de la bière, mangé des tomates et de chips. On s'est roulé des pelles. Un peu gênés. On a fait comme on a pu, un peu mais pas trop, on a essayé d'être beaux mais on ne saura jamais ce qu'on donne sur papier glacé. Nous n'avons pas été sélectionné au montage. A croire qu'on n'est pas cinématographiques-photogéniques-romantiques. On est simplement pudiques je crois. Bref. Y'en a qui y arrivent.

On était entouré de ces couples qui y arrivent très bien : se fouiller la bouche à fond. Se toucher partout.

Des couples décomplexés de ce qu'ils sont. Aware.

Des références.
Des couples hyper cool.




Des couples qui semblent forts.



Des couples beaux.



Et lorsque le bruit court d'une séparation proche, lorsque des amis flanchent, hésitent, frémissent à nous foutre les jetons, on se retrouve à dîner, nous le petit couple coupé au montage, et à en débattre. A essayer de comprendre. Voir les intérêts, les limites, et peut-être que malgré nous on en rêve, on se le fantasme, on n'en a pas forcément envie mais enfin, un tel départ, c'est une occasion en or : le pur amour du risque.

On enclenche le lave-vaisselle, on va dans le salon mater un film.

Et l'on reste en suspend : à qui le tour ?


lundi 5 juillet 2010

Master mention SM

Ok, ça fait genre deux mois, ça fait longtemps, et pourtant il s'est passé 25 milliards de choses.

Surtout deux en fait.
D'une, j'ai un mec que je ne quitte plus à la moindre occasion, envie, accrochage. Et vice-versa. Ca fait des semaines pourries parfois, teintées de rancune et d'espoir, où être ensemble c'est dur, se séparer c'est la routine, alors on serre les dents et on attend que ça aille mieux et que ça passe.

Et c'est ce qui se passe.

Donc j'ai grandi. Je suis une adulte. Je me fais chier parfois présentement en prévision d'un avenir meilleur. Je suis aussi tordue que celles qui regardent la météo et pensent qu'il fera beau la semaine prochaine et que donc elles pourront mettre des jupes. Du coup, je me fais belle en pensant à la semaine prochaine, quand j'arriverais à sourire au sombre connard d'un jour - prince de demain.

Vive l'adulte-ère, grand moment de prise de conscience où l'on cesse quelques minutes d'être une ado attardée qui veut de l'amour et du romantisme et qu'on devient la maman-amante-femme adulte qui comprend que son amour et son romantisme est un savant mélange d'épilation régulière, de sourires, de lavage de dents et de bonne humeur. C'est rien de plus que ça, finalement, une fille heureuse : c'est une fille qui en a tout l'air.

Donc souriez, on vous sourira. C'est injuste mais c'est comme ça : on n'invite pas à dîner quelqu'un qui a faim, disait un vieux pote pédé au chômage depuis trop longtemps ; variante : on fait pas rigoler quelqu'un qui fait la gueule. Même si les chatouilles, y'a très moyen que ça marche, et quand on fait la gueule on a bien besoin de divertissement, justement.

Bref, tandis que je me prenais grave pour une adulte depuis que je claquais plus les portes et je me calmais niveau sms de rageuse, la dure réalité m'est revenue en plein face comme une bifle matinale.

C'est l'évènement numéro 2 : j'ai dû rendre mon mémoire de master 1. Voici l'adulte qui redevient le bébé étudiant en moins de 45 secondes. Qu'il est bon de retourner sa veste.
J'ai donc appris un mardi que je devais rendre mon mémoire le vendredi de la même semaine (je précise, moi-même j'y ai pas cru) et donc le décompte infernal des heures qui passent et des pages qui se suivent a commencé.

Évidemment, j'ai accompli la mission impossible. Sans trop de difficultés, sauf 53 fautes rien que dans ma page de conclusion, 3 crises de nerfs et 2 kilos perdus. Sport.

Mais franchement, c'est pas ça le pire.
Je savais déjà que mon directeur de mémoire était un maboule, mais je le trouvais drôle, original, pas trop con et brillant. Je comprends pas comment j'ai pû être cette fille simple qui trouve mille qualités à un abruti de prof, tout comme une collégienne trouve des trucs mortels au blaireau de la 3eme D, genre ses pompes sont cools, il est trop drôle et tout, alors qu'en vrai il est boutonneux, bête, et méchant, avec les cheveux gras.
Comme mon prof.

Ca se fait pas si je dis qu'il est petit, gros, chauve, bigleux et qu'il a un bec de lièvre. Mais en vrai, il est petit, gros, chauve genre calvitie, a un bec de lièvre et des grosses lunettes, et par sa fente buccale mal cicatrisée ça lui arrive de baver sur mon décolleté. Et dire que moi je le trouvais brillant et le respectais malgré sa folle laideur.

Pour ajouter au supplice, il s'avère qu'il est en plus très très méchant. Genre méchant maboule, que j'ai dû faire des pieds et des mains et une crise monumentale à ma fac pour avoir ce gracieux laps de temps de 3 jours pour rendre mon mémoire, tandis que lui m'ordonnait d'arrêter les dégâts car mon travail était, selon lui "insoutenable." Beau jeu de mots pour m'insinuer que je n'avais pas le niveau de ma soutenance. Bref.

Le reste en images, pour que tous sachent que c'est un vrai maboule et que si je pensais me faire cuisiner à petit feu le jour de ma soutenance, je sais désormais que mercredi je vais passer à la casserole peut-être dans tous les sens figurés du terme.




Remarques :
1- le mec file son code AVANT son adresse. Maboule.
2- le mec me prévient, après insistance de ma part, un lundi pour un mercredi. Maboule.
3- C'est chez lui que ça se passe, ou RIEN. Vraiment maboule. Limite pas légal même...

Donc ça s'annonce bien cette soutenance privée chez mon prof. Hum. Sans autre juré que lui qui me déteste puisque j'ai pas suivi son sage conseil d'abandonner. Hum. Rien que tous les deux.

Sympa.


Et sinon, je cherche toujours le sujet du siècle qui me fera écrire les fameuses 150 pages de mon putain de premier roman où j'en aurais rien à foutre d'être le Marc Lévy féminin et je me ferais plein de thunes sur vos lectures de plages.

Amen.

(Et pour finir en beauté, j'ai pas pu m'empêcher de rajouter quelques grammes de douceurs de ce monde abrupt.)





ps. Je suis un génie de Photoshop. Et de la censure.

jeudi 13 mai 2010

WE ARE BITCHES



Hier, avec des copines, dont j'ai absolument pas le droit de citer les noms, disons Lola et Fifi, comme ça c'est réglé, on a passé notre soirée à parler de garçons. C'était même un constat affligeant sur le coup, le numéro des filles libres qui parlent toute la soirée de la gente masculine. Le pire, c'est qu'il y en avait un présent avec nous, Michel, et que Michel il hallucinait complet, le pauvre. Surtout que nos conversations chipotaient principalement autour d'une et d'une seule pratique du flirt : les sms, mails, et autres liens envoyés via Facebook ou via le net.

L'une flippait totalement parce que le mec qu'elle aimait bien lui avait envoyé le lien de genre son clip préféré, et il s'avérait que c'était un peu une pop naze et nasillarde, du style le deuxième clip de Craig David. En blanc. (J'ai pas le droit de dire l'artiste, sinon elle me tue de tout balancer.) Disons quand même qu'elle en était toute retournée, le bout de femme, qu'un mec avec qui c'était plutôt bien parti lui envoie un clip de merde en disant qu'il adore, en plus en le disant avec un texte en cinq lignes critiques genre il s'est cru auteur dans Les Cahiers du Cinéma.
Elle essayait de pas paniquer.
Elle demandait jusqu'à quel point elle devait totalement flipper, se dire qu'il est un maillon faible, et lui dire, ou pas, au revoir.
Et à cela s'ajoutait des sms louches et pas hyper détonateurs de flots de cyprine, si vous voyez ce que je veux dire.

Et moi, pareil.
Dans une situation un peu complexe où je me retrouve à flirter avec une casserole que j'arrive pas à savoir si elle est vieille ou pas, je reçois un mail déprimant. Du genre trop cheum. Du genre c'est pas possible, le mec me parle de Facebook.

Même si vous ignorez le message du mail, vous voyez bien déjà qu'il y a effraction à l'article 2 de la classe et des relations homme-femme : je mets pas l'album de Rihanna quand tu viens dîner à la maison, tu n'écris pas sur Facebook quand tu m'envoies un petit mail. C'est blasphème, c'est comme le "kikoo", ça tue un homme, même un vrai.
Bref.
J'en étais verte, j'avais perdu tous repères, je savais plus quoi faire, quoi dire, ni que répondre. Rien à répondre d'ailleurs. Utilisons le silence pour montrer la déception mesdames, ça pousse les hommes, pour une fois, à penser par eux-mêmes.

Puis, le petit gars qui avait écouté 3h de conversations sur nos mecs et autres contrariétés, qui s'était fait discret, le pauvre, me donne son avis alors que je savais toujours pas s'il me fallait dégueuler sur ma boite mail, me pendre dans le salon ou arrêter d'y penser et le nier, comme un mauvais souvenir de Shoah. Ou encore lui répondre juste "t'as la palme du mail le plus pourri de tous les temps", mais ça, on me l'a franchement empêché. Ne restait plus que de me pendre.

Sauf Michel le gentil garçon posé là tentant de passer une bonne soirée avec trois furies folles furieuses, qui timidement s'aventure à donner son humble avis testiculaire :

"Peut-être qu'il voulait juste dire que ça lui faisait plaisir."

Ah ouais.

J'y avait pas pensé, que dire "je like avec mon pouce" impliquait, même en dehors du cadre facebookien, une notion de plaisir et de joie.

Donc ça lui faisait plaisir. Et Michel qui rajoute :

"Mais en gros, vous jugez chaque mots qu'on vous envoie ? C'est fou. On peut pas tout prendre à la lettre."

Certes.

Sauf que j'aimerais bien savoir comment tu fais pas autrement. Quoi, franchement, vous allez me dire qu'il n'y a pas de différence entre :

"On se voit vers 20h t'es ok ? Ca te dit de bouffer mexicain ? Bises."

et

"Madame, je vous veux vers 20h libre et toute à moi. Pour une soirée tacos."

ou encore

"Chérie, ce soir je te nourris, on fera le tour du monde tu verras."

J'avoue que mes exemples sont limites. Prenons le sms le plus bateau :

Énoncé :
"Moi aussi j'ai passé une bonne soirée. A bientôt. Bises"

Analyse :
-Le "moi aussi" suggère que c'est pas lui qui a remercié pour la soirée. Moyen. Puis combien de temps après notre sms de remerciement a-t-il répondu ? A clarifier. Si plus de 10 minutes, moyen.
-Le "à bientôt", ça veut dire je veux pas le dire quand mais je sens que je peux me passer de toi 24h/je laisse tout incertain/ qui vivra verra/ ne nous prenons pas la tête/je suis un homme libre/ tu m'auras pas comme ça pétasse/ demain je vois mes potes/ si je veux te voir j'ai laissé la porte suffisamment ouverte pour t'appeler à 3h du mat' samedi.
-Enfin, le "bises" nous achève. Bises, c'est moche, impersonnel, même pas sexy comme un "je t'embrasse" qui implique le sujet actant, et celui qui reçoit. Bises on déteste. Même si y'a genre un pluriel qui suppose une gourmandise ou générosité, dont on se contrefout à ce stade du sms.

Bref.


Alors d'accord. Ne surtout pas prendre à la lettre ; ne surtout pas flipper sur un mail hyper moche, loin des élans des débuts ou de la poésie du XIXè ; ne surtout pas m'arrêter à ...

Je veux bien.

Mais enfin, si le prochain mail est nul, limite glauque, je fais quoi ? Je continue à ne pas regarder au pied de la lettre ? S'il se rattrape en m'envoyant un clip de Shania Twain pour me montrer qu'il a bien compris que j'étais une femme dominante et pointilleuse au caractère fort, je me pends pas ?


Sérieux.



dimanche 9 mai 2010

De l'oestrogène et autres nouvelles

J'ai maigri.
Tout le monde m'en parle. C'est ça la France : "hey, salut, ça va, oh, comme t'as maigri !". Je me demande de quoi parleraient les Parisiens s'ils ne parlaient pas de leur poids. Dans ma famille, par exemple, ça ferait qu'on aurait bien trop peu de choses à se dire, parfois.

Tu manges ? T'as faim ? On dirait qu'à mon contact chaque individu se transforme indubitablement en mère juive. Même mes potes d'origine belge s'y mettent. L'enfer. On veut me faire avaler tout et n'importe quoi.

Donc, j'ai maigri, et je vous en parle comme une bonne Parisienne qui se respecte.

En parlant de respect, ça faisait un bail que j'avais pas pris contact avec moi-même, et je vous parle pas forcément de masturbation là, seulement le fait de se poster devant la glace et de se mater vraiment, voir à quoi je ressemble, moi qui ferais mieux d'aller m'empiffrer quelques kebabs plutôt que de me tuer au travail pseudo intellectuel.

J'ai bien vu que j'avais maigri, mais finalement pas tant que ça. La seule tragédie dans cette histoire, c'est la disparition de mes seins.
Mes seins sont tous petits, on dirait qu'ils sont partis en vacances. Mes seins sont tristes, voilà ce que je me suis dit.

Et après ce pathétique constat, j'ai enfilé une robe moulante et je suis sortie. Autant profiter de mon nouveau petit body, quand même.

Sur la route de l'alcool et des bars, j'ai appris une chose qui allait changer ma vie à jamais, mais je l'ignorais sur le moment. Désormais, ma vie est en révolution depuis que je sais ce que j'ai appris hier soir vers 2h du matin.

Un pote, K., m'a dit, en regardant d'un air déçu ma poitrine qui d'antan était fameuse :
Ouais, si t'as plus de mec depuis deux semaines, t'as moins de nichon, c'est normal. Franchement, je voyais pas le rapport, mais je me souvenais bien comme ils étaient beaux et frais mes seins, avec la peau tirée à bloc et tout, on aurait dit qu'il y avait du lait, alors que là on dirait que j'ai tout donné à des triplés affamés.

K. m'explique encore :
Bah, c'est les hormones, les œstrogènes quoi. Plus tu jouis, plus tu en sécrètes, plus tes seins gonflent.

Sans doute le saviez vous déjà. Moi j'avais la bouche ouverte qui descendait sur le comptoir, c'est pourquoi mon copain K. après il s'est lâché en disant de plus en plus n'importe quoi, du genre Je m'y connais à mort en femmes / je suis une tapette virile / et / les juives ont des poils pubiens extra.

Sachez que le coup des poils pubiens, je lui ai pas laissé passer, alors on s'est accordé, selon lui, que les juives avaient de belles chattes, ce qui peut être une réflexion un peu limite, certes, mais disons qu'elle me convient étant donné que je fais moi-même partie de cet extraordinaire peuple élu. Et que ça me rassurait de me dire que mes seins s'étaient peut-être fait la malle, en attendant j'avais un vagin* trop bien.

Selon un mec qui ne le connait pas.

On se rassure comme on peut.

Si dans ma culotte je n'ai donc pas de souci à me faire, j'ai le constat déplorable qu'il me faut au moins jouir une fois par jour pour avoir une poitrine décente, et qu'autrement je ressemblerais à ces célibataires de trente ans à la piscine qui ont des seins tristounes et qui pensent que leur liberté, qui consiste à s'envoyer en l'air avec l'inconnu romantique du samedi soir, leur convient largement.

Niet. Je ne me ferais pas avoir. Je veux ma dose d'œstrogène, bordel.



*(Quelle alternative à "chatte" ? "Vagin" ?)

dimanche 2 mai 2010

L'art de la procrastination







Je me la joue Esmeralda depuis une semaine. Ou presque. (J'adore le personnage d'Esmeralda.) Je ne rentre plus chez moi.
J'ai pas du tout envie, parce que je dois mettre de l'ordre et faire le ménage et bosser.


Je suis une très mauvaise femme d'intérieur.

Du coup, je dors partout, en attendant, je me reconnecte avec des personnalités inattendues, je voyage loin de chez moi. Je prends des douches dans des chambres de bonnes près de la place des Vosges et des bains dans des Jacuzzis dans un bar désaffecté. Ou je dors dans des grands salons aussi.



Une brosse à dent dans mon sac, je ne mets même plus de crème, je garde que l'essentiel, la peau, et j'ai tout bonnement acheté des culottes pour régler cette habitude de nomade que j'ai chopé comme un coup de soleil. J'ai aussi acheté des sabots à talons déments, pour pouvoir sortir un peu tout en portant depuis 5 jours le même jean et que des vêtements d'homme.




Il y a quelque chose de désespéré et de complètement grisant à vivre ainsi. Mais toutes les bonnes choses ont une fin, et demain c'est avec une nouvelle paire de draps, sans traces d'hommes, que avec des odeurs de jeunes filles et de vanille et de jasmin, ou pas, que je dormirai comme un bébé, peut-être avec une copine, et je regarderai la Chartreuse de Parme.


Vaste programme.



J'ai rencard avec moi-même.




Je vais mijoter des trucs. Des plans. Machiavéliques. Avec des légumes et des surprises. Je vais m'abonner à l'air de printemps que j'évite comme un vieil arbre d'automne. Fini les jeans larges habillée en mec. Robe, jupe, trucs de filles, crème, vie, danse etc., mille saveurs enfin qui se pointent et que cette fois je laisserais entrer dans mon appartement.





vendredi 30 avril 2010

I'm a cliché

Je dois me réinscrire sur Facebook.
J'avais oublié que je travaillais sur le web.
Mes vacances virtuelles auront duré une demi-heure.

"Allez, à plus, Balzac."

I did it

Je me suis cassée de Facebook. J'ai désactivé mon compte. Ça fait bizarre, ça fait du bien, je me dis que ceux que je préfère ont mon numéro, de toute façon.

Pourquoi j'ai fait ça ? Je ne tiens plus, je suis obligée de le dire, bordel de bordel, je suis célibataire depuis environs 3 jours. VDM.

Et quand je regarde mes archives docs, et que je vois ces inlassables conversation chat Facebook en mode flirt avec celui avec que j'allais aimer pendant plus d'un an, quand je vois ces longues conversations débiles et séductrices dans lesquelles on pouvait déjà voir les prémisses des névroses qui ont aboutit à notre échec, et bien ça m'énerve.

J'ai besoin de vacances virtuelles, tant je suis déprimée face à toutes les actions que je vais devoir engager contre ma volonté.
Je vais devoir accepter les dates qu'on me propose et aller de l'avant.
Je vais devoir passer à autre chose.
Je vais devoir l'éviter.
Je vais devoir oublier.
Je vais devoir arrêter de déprimer.
Je vais devoir me rappeler ce qui n'allait plus pour pas sombrer dans une nostalgie ringarde.
Je vais devoir reconquérir ma crédibilité, moi qui ai passé un an à courir après Fantomas.
Je vais devoir faire l'amour avec un autre.
Et partir en vacances.

Bref, une liste d'un milliard de choses à faire que je n'ai pas du tout envie de faire. Je suis cuite, je sens que je n'ai pas le choix, je sens bien que cette rupture m'y oblige. Je me dis qu'il m'y oblige, avec tout ce temps qui passe, à pulvériser le contrat de fidélité et de loyauté qu'on avait qui 'na plus de raison d'être mais auquel moi j'ai bien du mal à me défaire.
Je dois être forte.
Je dois être belle.
Mettre des robes, profiter de l'été, voir tous ces amis que je ne voyais plus parce que j'étais trop occupée à fantasmer sur un être que je croyais être le bon.

I'm so cliché.
Mais je m'en fous, je suis plus sur Facebook, moi.

Snif.

jeudi 29 avril 2010

J'ai l'impression d'être une journaliste

Bon, je suis un peu naïve, mais bien que cela fait des mois que je bosse au Grazia.fr, je ne me suis jamais sentie journaliste pour autant. Mes papiers fantaisistes plutôt décalés ne me semblaient pas suffisamment sérieux pour me faire mériter le grand titre.

Sauf avec mon dernier article sur Romain Gavras, dont je suis über fière.

Quand ça arrive, autant en profiter. Je suis pas fière de tout, hein, mais là, oui.

Et toc.