mardi 19 octobre 2010

Entre chien et loup


Il arrive parfois d'étranges choses qui ne s'expliquent pas.

Moi,
par exemple (c'est étonnant), je vous ai pas dit mais dernièrement j'ai vécu en même temps une rupture et un début d'histoire. En même temps, en vrai. C'est dingue.

Déjà, ça va à l'encontre de toute logique et de tout bon sens. J'avais décidé de ne plus rien faire jusqu'en 2012 et bam!, je découvre le sexe d'après-midi.
J'avais décidé de ne pas me remettre direct en couple, histoire de me connaître, me rencontrer, faire toutes ces choses folles qu'on fait lorsqu'on est célibataire et que j'ai quasiment jamais faites, ou si peu, et bim!, y'a des détails qui trompent pas, y'a un mec qu'habite chez moi.





No comment un peu.

Alors tout ça, l'euphorie, la découverte de l'autre, les bons délires, la vie, l'amour, les piles à bloc dans le coeur, les nouveaux petits plats, les rires, les bêtises, s'est trouvé mêlé malgré moi et inévitablement à l'absence, le silence, la nostalgie, les regrets, les amertumes, la tristesse et le vide.

Du plein, du vide.

Un début, une fin.

En même temps.

Au début, c'était constamment présent, les sentiments étaient complètement imbriqués, autant dire que c'était bien le bordel dans la tête/le corps/le cœur, et puis ensuite c'est venu par vagues. Marine et marées basses sentimentales, du rire aux larmes, être béate de joie et danser en culotte comme dans une pub Motorola pour ensuite pleurer d'un rien en regardant par la fenêtre comme dans un téléfilm de dimanche sur TF1.




On fait comme on peut, hein.

J'assume les clichés du truc, de la micro-tragédie de pouffe, c'est trop difficile l'amour tu comprends, et puis la tristesse aussi, ah la tristesse, mais vraiment il y a quelque chose de profondément marginal et dérangeant dans ce marasme émotionnel : s'autoriser à vivre ces moments-là en simultanéité, - et même après par vague, s'autoriser le paradoxe constant du cœur. Pour de vrai, pas comme on dit à sa copine qui vient de se faire plaquer alors que deux jours avant le mec lui a parlé d'habiter ensemble (c'est courant, ce n'est pas arrivé qu'à moi) que le cœur est changeant et insondable, il faut avoir les ovaires solides pour ressentir des choses qu'on ne lit pas dans les magazines, et qu'on voit pas trop autour et qui en général n'est pas très conseillé pour la santé. Mentale, tout du moins. Ce n'est pas ma chair qui criera famine.




Cette constante tension pourrait se voir comme quelque chose de romanesque et romantique. Sauf qu'en vrai, c'est vivre avec dans les tripes une impression de toujours être ailleurs. Les jambes tout droit, et les yeux derrière. Ou les yeux devant, la main qui à l'opposé se tend. Compliquée, cette dislocation complète de ce qu'on croyait, de nos valeurs. Puis croire à un avenir prometteur alors qu'on enterre un énième cadavre dans son placard.


Une fois, on a essayé de me trouver une signification au fait qu'il faut toujours que les portes de mon placard soient fermées. Désormais, Freud à part, je sais ce qu'elles cachent. Du H&M et des anciennes histoires.

C'est là aussi l'ironie et la bêtise des choses de la vie : il y a toujours l'ombre d'un ex quelque part. Enfin, pour moi.



On est maqué et l'ex prend un grand E, comme ça, c'est l'Ex, qui téléphone, l'Ex avec qui l'on dîne encore, l'Ex qui ne l'oublie pas, l'Ex qu'on trouve paumée à être encore dans les parages de sa vie... Quand on est fâchée, on lui met même un x majuscule : "ton EX". C'est qu'alors on n'est pas conscient qu'un jour ça risque d'être nous la fameuse, et cette blonde frangée disparaîtra de l'équation aussi sec. Comme si elle n'avait jamais existé, finalement.
C'est bizarre quand même, c'est comme s'il fallait toujours qu'il y ait l'ombre d'un ex. Un équilibre bancal à la Duras, où pour que ça tienne faut sans cesse être trois. Toi+Moi+ attention derrière toi.




Et quand j'y pense, cet ex qui rôdait et qui revenait de temps à autre dans nos conversations honteuses, il a totalement disparu à partir du moment où l'histoire s'est terminée (me suis faite plaquée) et que j'ai rencontré quelqu'un d'autre (me suis maquée). J'ai à la place un nouvel ex pour obscurcir le tableau, je dirais pas tout nouveau tout beau c'est indécent, mais quand même il est tout frais, encore chaud même. La couille dans le potage, la menace dans l'équation.
Ceux et celles qui n'ont jamais connu ce problème d'Ex, je dis pas, chapeau bas, sauf que moi je sais pas comment on fait pour changer si vite d'état d'esprit et de délire et comment on fait pour pas avoir envie tout le temps d'envoyer un MMS avec une photo foireuse d'un bouquin dont on avait parlé, de ces chaussures moches que t'as failli acheté que porte une dame dans le métro, cette chanson, etc, etc.

Ah, je comprend mieux : c'est pour éviter et contrôler ces envies-là qu'en général on prend du temps entre deux histoires.
Pour ne pas ressentir si violemment, par la force de la présence de l'autre qui offre prématurément un point de comparaison, cette impression vivante d'avoir perdu un ami.




Pas con, de prendre le temps.

Rencontrer un nouveau, perdre un autre, c'est un peu la caricature de mes pires moments de la primaire ou du collège en terme d'amitiés. Je doute de la maturité de mon affaire.

Mais alors quoi ? Fermer la porte ? S'empêcher de vivre ? Dire non merci au petits-déj au lit, à l'amour-toujours, aux mises au point, à la fraîcheur de vivre (hollywood chewing-gum) ?

Comme me dit mon cousin en guise de crédo philosophico-sociétal :

"Esto no es Hollywood."


EL GUINCHO | Bombay from MGdM | Marc Gómez del Moral on Vimeo.


4 commentaires:

Lilichocolat a dit…

Les errances sur la toile donnent parfois des lumières superbes aux matins fades. J'ai été éveillée et charmée par cet écrit, une déclaration non pas d'amour, mais à l'amour...
Bravo et merci.
Lili

Fanette a dit…

Très beau texte... Evocateur.

Anonyme a dit…

los ex son fronteras atravesadas, EXperiencias que nos enseñan que amamos de nosotros mismos y que tambien del otro; si concebimos aquello vivido y a esas personas como parte de un extenso aprendizaje de quienes somos y como queremos vivir, quiza podremos utilizarlos como llaves de la proxima puerta a abrir.
Amar y siempre entregar toda nuestra verdad, asi si debemos seguir por otros caminos, llevaremos con nosotros la seguridad de que la proxima frontera que atravesemos sera siempre para compartir aquello que amamos ser.

Richard Moisan a dit…

Vous aussi, vous rêvez beaucoup...
C'est cela la vie.

Richard