mercredi 26 novembre 2008

Lay Lady Lay

Je voudrais que tu sois en pâte d’amandes pour te manger le bout des doigts et les cils aussi ; je voudrais que ton petit corps chaud et musclé puisse se cuire comme un œuf à la coque, et faire de mes baisers des mouillettes toutes douces. De ne pas déguster tes yeux aussi, je pourrais m’y perdre encore, comme dans un grand lac plat où je ne saurais comment aller, éperdue, je pourrais nager de plus en plus dans tes eaux claires; puis me noyer, et me laisser sauver par tes sirènes cachées là, entre tes seins plats comme des saules de septembre. Je voyagerais entre tes rides du matin, je laisserais mes valises pour un temps, pas forcément sous tes yeux, je pourrais mettre mes sacs de voyages dans ton sourire et te donner le côté le plus gitan et exotique qui soit et que t’ais jamais eu ; puis je me laisserais glisser comme sur un grand toboggan je me laisserais aller le long de tes joues rondes et creuses et fermes et roses et je me loverais entre tes lèvres jusque la fin des temps.

Finalement.

Je ne sais pas enccore quand le temps s’arrêtera : peut-être je m’impatienterais. L’horizon de ton corps est trop grand et trop excitant pour que j’en reste là. Il me faudrait aller dans ta bouche, faire des câlins à tes dents, et me frotter tout contre tes gencives.

Immanquablement.






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Photo: Helmi Charni

mardi 25 novembre 2008

Next Stop: Paris

Le destin : parce que parfois, vraiment, il n’y a pas de hasard. 

J’aurais dû avoir des enfants déjà. Je sais pas exactement combien, sans pilule du lendemain ça m’en ferait peut-être deux, sans divorce ça m’en ferait sûrement un. Un p’tit, un moitié-mien, qui me parlerait français et argentin. Un caïd fatal des rues de Buenos Aires, un porteno redoutable, un titi parisien pendant les vacances d’été, qui sont en hiver, bref, voilà un peu comment j’imaginais la chose. Avec les yeux noisette et bridés de son père, mes sourcils, son torse, mon accent, son charisme, mon humour… Finalement on se projetait nous-même dans cet enfant, notre amour, notre couple, ce que j’aimais chez lui, ce qu’il aimait chez moi, ce que nous aimions chez nous,  et nos défauts à faire valoir aussi. Un concentré de moi, de lui, un petit nous vierge et propre, une émulsion de notre passion en kit, une vie à construire. Qui filerait plus droit que nous, on espérait.
La vie, et non pas le destin, j’aime à croire, en a décidé autrement. Comment évoquer rapidement, en quelques mots, une catastrophe amoureuse ?...


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Le jour où j’ai annoncé, J-3 semaines, que je rentrais en France, je brisais à la fois un mariage, des espérances, et nos cœurs. J’avais vingt ans, et c’est la grande différence de notre histoire : mon homme, il en avait presque trente, et il y avait vraiment cru à notre histoire de famille. Il ne s’était jamais angoissé à aucun retard ou oubli de pilule, et brandissait au-devant de ses propres yeux la libreta de familia, tellement il était fier et impatient. 
Mais je suis partie quand même.
Boum.
Rien à foutre du fameux contrat.
Un gros silence. Des silences. Puis



plus rien, un moment.



Il m’a dit l’année d’après qu’il avait vécu comme un deuil ma disparition.
Ne restait de moi, dans notre grand appartement, qu’un tableau inachevé, des tas de projets dans mon atelier et des photos. Beaucoup de photos. Il restait encore les essais qu’on avait fait dans la chambre noire. Des nus. Des traces d’une autre vie, d’une morte.
Et mon odeur. 
Il m’a dit aussi que c’est cela qui a été le plus dur, mon odeur, et le silence de l’appartement, le manque de mon rire et de mes cris… Parce que parfois même la haine et la colère sont préférables à l’absence, et l’insatisfaction la plus complète semble plus surmontable que la solitude. Mais ses reproches étaient sans mot ; c’est la lourdeur de nos échanges qui me révélait toujours les mêmes choses : j’avais coupé en deux l’orange sellée, mutilé l’âme sœur, abandonné l’être aimé. 

Un soir, j’avais tourné le dos, et pris un bus.



Il m’a fallu un an pour retourner là-bas, le revoir. Un an, presque jour pour jour. Une année, à voir à quoi ça ressemble ma vie sans lui, ma vie seule avec ce moi que je ne connaissais pas... Comme dans l’autre l’on s’ignore, comme sans lui je ne savais plus. 
J’ai dû réapprendre à parler français, étoffer à nouveau mon vocabulaire, réunir mes amis, retrouver mes frères ; je me suis donnée à d’autres sans perdre l’idée d’une trahison... Ce n’est pas par la pointe de mes seins que l’on m’atteint le cœur. Une année d’amours médiocres, de passions inertes, de sexe ennuyeux; une année pour me trouver, une année à me recentrer, à me prouver que seule, c’est mieux. C’était le but du départ, quand même. Il me fallait me démener et me battre pour trouver du goût, sans sa salive.



Passer minuit c’est le plus dur. Je sais que là-bas, il est six heures de moins,  il est libre pour me parler, il sort du travail... 

Et au bout du fil je chavire, contemplant d’ailleurs les immeubles d’Haussmann, orangés par mon lampadaire, et tout semble flou au travers de mes absurdes larmes. Quelques minutes pour retrouver cette douce schizophrénie de ma vie ; oublier mon français et mes amis, replonger dans de l’argentin, le pathos du tango, les mots de l’amour. Il ne parle pas ma langue, et il ne la parlera sans doute jamais. A chacun ses limites, et au moins des concepts étrangers ne lui martèlent pas la tête, comme à moi... Te deseo, putita rusa, preciosa, te odio.

Hola Ernesto. Como estas? 
...




Je n'ai jamais eu besoin de me présenter.



Tortueuse attente, je pensais.
Vie de chienne que cette vie loin de mon unique amour ; Paris de merde sans mon homme, accessoires du soir dérisoires.




14h de vol.
Buenos Aires.
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Puis 1h de vol...
Cordoba.




Je l’ai tout de suite appelé quand je suis arrivée. On voulait attendre quelques jours avant de se voir, et on avait convenu qu’on ne se verrait qu’une seule fois et puis baste. On voulait pas se jeter à nouveau dans la gueule du loup, surtout qu’on s’était déjà fait bouffer par celui-là. C’était le moment de la digestion.

J’ai dans la rétine l’image parfaite de son allure et de ses secrets : ce qu’il portait, mais plus clairement l’intention qui se cachait derrière ses fringues d’ado, simples et désinvoltes. Il était déjà plus de minuit. Je l’ai vu venir du bout du parc. 


La pensée la plus claire dont je me souvienne, c’est mon impression, ce matin-là. Je me suis dit qu’il ne me faisait plus jouir comme avant.
Dans la pénombre de notre chambre enfumée et humide de nos voluptés, j’étais lasse et surprise : je me suis rendue compte que mes amours médiocres, que j’avais tant méprisé, m’ont forgées encore et malgré moi. J’ai vu ce que j’avais parcouru. J’ai dissocié ; je me suis reconnue sans lui. 

Ce n'était plus si pur... Cette blancheur triste et perdue, ce total abandon que j’avais recherché entre ses draps, en ce lit qui était mien, dans les décombres de ma vieille chambre, c’était toute l’eau. L’eau sous les ponts. C’était l’eau de l’Atlantique aussi... J’étais enfin repassée de l’autre côté.





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dimanche 28 septembre 2008

To Big Mac or not to Big Mac

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Enfin on reprend. Enfin Ninetchka a cessé de parler comme une mamie, je veux dire qu'enfin ses putain d'amygdales, qu'elle s'est faite enlever en vue d'une carrière dans le cinéma pornographique, ou tout simplement en vue d'un avenir exempté d'angines hivernales incessantes, ont cicatrisé. Pas tout à fait mais elle peut parler comme je peux la comprendre, avec la voix et l'intonation d'une fille de son âge. Au début, quand elle parlait comme Mamie Nova, moi j'arrivais qu'à lui parler de soupe alors qu'elle aurait vendu son appart' pour une glace bien froide; en bref j'y comprenais rien, j'avais oublié que sous cette gorge gonflée se cachait la voix de ma pote la plus proche, celle qui me juge le moins, celle qui prend mon parti avec le recul et la mesure necéssaire pour ne jamais perdre sa crédibilité, celle que j'aime et qui m'aime, et qui n'est chaque fois ni tout à fait la même ni tout à fait une autre, et m'aime et me comprend.

Alors on a repris le cours de nos conversations masturbatoires girly, souvent présidées par des thèmes que j'avance, soit par déprime, soit par envie de débattre un peu; c'est que Ninetchka c'est mon ange gardien tout à fait malicieux, et que si je lui dit que hier j'ai trop déconné et que j'ai niqué avec Untel, et me dira "Meuf t'assures pas" et d'autres blabla pour finalement me demander comment c'était, et si je vais le revoir... Et si je compte le dire à mon mec. Bref, une vraie pote, de celle chez qui je peux débarquer avec un cadavre, non seulement elle me le cache mais elle m'en fait des sushis tellement c'est une psychopathe pire que moi... D'ailleurs maintenant que j'y pense je me demande bien quelle folie est la mienne pour me tourner vers elle au moindre soucis... Le coeur a ses raisons que la raison ignore.

Aujourd'hui donc, nous avons rattrapé le temps perdu à parler gaspacho parce que j'ai eu la mégarde de re-souligner mon côté infidèle. Je pense avoir des problèmes avec la monogamie, et ce, par nature; mais j'y travaille. Bref, j'ai dit, comme ça, bêtement, qu' être en couple c'était bien mais fade malgré tout. Et que décider de vivre pleinement la vie à deux, c'était comme l'hygiène culinaire, manger sain et bio et tout, tandis que les coups d'un soir et les flirts puérils, c'était de la junk food. Du bon Big Mac.
Alors quoi, on aime tous manger sain, mais c'est quand même trop bien un hamburger de temps en temps, des chips, des glaces- que sais-je, toutes ces choses mauvaises pour la santé mais bonnes pour le moral. 

Rappelons (je me le rappelle sans doute aussi à moi-même...) qu'en ce moment je vis une grande histoire, que je suis in love, alors trivialement, la question, dans ma vie sentimentalement saine et épanouissante, c'est, (cf Super Size Me), to Big Mac or not to Big Mac?

Ma Ninette elle connaît mon mec, et elle me prévient dès le départ qu'elle est de son côté à lui, car j'avoue que depuis que je passe mes nuits avec lui c'est du répit pour elle quand même, elle a plus de temps pour elle, et elle se fait moins chier avec des conversations de merde... D'ailleurs, elle me l'a vainement demandé, si j'avais pas mieux à penser en ce moment, mais je me suis défendue en lui rappelant que j'adore me prendre la tête sur des trucs trop nuls, "Ah ouais" elle a fait, et donc elle a repris son devoir de grand désamorçage de mes angoisses pseudo-existentielles et surtout vaginales, en  fait. 

En fair-play, elle m'admet d'abord que c'est cool les hamburgers. Mais que bon, c'est pas tout quoi. Alors elle tranche:

"T'as qu'à juste sentir l'odeur."  Maligne la grande... Mais il m'en faut plus, je suis coriace dans le genre...

-Et si j'arrive pas à résister à l'odeur, et que je croque?

"Pense à garder ta ligne ma cocotte."




Touchée-coulée.





Et j'ai eu comme une illumination. j'ai fait ok merci à demain et on a raccroché.
J'ai pris un peu le temps de penser, et de tout sous-peser:

Que d'abord ma ligne j'en ai toujours un peu eu rien  foutre, parce que je suis une vraie gourmande.
Que j'aime bien les hamburgers; ok, je suis trop snob pour le Mc Do, mais assez euro-patriotique pour un Quick.
Et que la vie elle est pas si longue que ça, quoi.

Puis j'ai fait un petit retour à la case départ. J'ai revu ma liste de courses, mon panier affectif, bio, pas bio, mayo, hot dog... et j'ai regardé du côté de l'homme qui est à mes côtés (l'inconscient!), pour voir quel goût il avait, déjà. 
Macrobiotique? Non, mon mec n'est pas de ce bord-là.
Du Quick? Il a plus la classe que ça.

Je crois qu'il est un peu des deux. C'est mon rôti rose, mon magret de canard, et mes petites frites grasses à moi... Avec lui, j'en ai toujours à me mettre sous la dent, et j'ai de la chance, il ne me sert jamais la même chose, ni au lit, ni au sourire. J'ai pas de bonjour-bonsoir, je sais pas vraiment à quelle enseigne je suis; ni ce qu'il est, en vrai. Ce petit caméléon, plein de recettes, m'a bien saisie... Quand je crois que je vais avoir de la bonne viande bien rouge bien saignante, il se montre léger et intriguant comme une belle Roquette; quand j'en veux pour ma crème fraîche, il se dévoile pimenté et fort comme de la moutarde...



Avec ce menu infernal, pour l'instant, he got me.



(C'est vraiment vrai que je pense des trucs à deux balles quand j'ai rien à faire de mon dimanche... Il faut que je rappelle la Ninetchka, pour lui dire.)




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(photo: Helmi Charni... Merci.)