mercredi 11 mars 2009

Game Over

Aujourd'hui est un grand jour.
Trois grandes choses se concrétisent:

1) J'ai coupé mes cheveux: j'ai une coupe entre Mireille Mathieu et Jeanne D'Arc. Je sais pas encore si j'aime ou si les gens me cracheront dessus dans la rue. N'empêche, besoin de changement, c'est réussi pour le coup.

2) J'exporte Tito à la campagne. Tito, c'est ma chatte, en vrai j'aurais dû l'appeler Calamity Jane. Cela fait trois semaines maintenant que par ma faute (et la sienne aussi, vu son attitude) elle était sdf. Mais aujourd'hui, merci à Antoine, l'ami d'un ami, elle part à la campagne chez une femme qui adore les chats. Paraît qu'elle les fait même manger à une table. Où? C'est qui la femme? Chut, faut pas trop poser de questions. C'est déjà miraculeux qu'elle ait accepté à l'aveuglette de la prendre. Je m'en réjouis. Je me suis réveillée très tôt pour ça.

3) Je décide de mettre un terme à une pseudo-relation beaucoup trop années 90 à mon goût. J'y ai bien réfléchi, et elle est si 90 qu'on n'y croirait pas. Rappelez-vous cette grande époque où prévalaient deux expressions: "que du cul" et "fuck buddy". Perso, je les ai bien vécu ces années, mais je n'ai jamais été très fan des termes réducteurs ou qui conceptualisent à ce point un rapport humain. Alors de là à vivre ce genre de relation en 2009... Au début, j'y croyais pas trop, je me disais, attend, y'a autre chose, le sexe est mortel, certes, mais y'a pas que ça, si c'est si bien, s'il revient à chaque fois que toi tu dis stop à tout ça, c'est que, s'il t'invite chez lui, c'est que, s'il te roule des pelles comme ça devant tout le monde, c'est que... NON. C'est que rien du tout, et pour confirmer cela il m'aurait fallu la grande aide de mon meilleur pote Gab qui est en ce moment même à Shanghaï à s'étouffer de nems et de nouilles. Rien du tout. Ai-je besoin de la confirmation directe du concerné, après tout?
Ecoutez, on ne peut pas être parfaite, et si j'assume le ciré jaune moutarde, en matière de sentiments j'assume pas grand-chose. J'ai écris des trucs, ici, pour qu'il sache. Il les a lu. Il n'a jamais rien dit. Tant pis pour lui. 

C'est comme la quête du Graal: je n'ai jamais oublié que Perceval, dixit Chrétien de Troyes, perd le Graal, qui lui passe sous le nez lors d'une cérémonie, faute de ne pas avoir parlé. Bloqué par un conseil maternel avant de partir, qui lui disait de ne pas trop l'ouvrir, il n'a pas été foutu de poser la question sur cette mystérieuse cérémonie qui se déroulait sous ses yeux. Il avait la pureté pour obtenir le Graal, mais pas la vivacité d'esprit.

Bah voilà. Il n'avait qu'à parler, s'il était moins ce cliché du mec des années 90. (C'est pas très classe de régler mes comptes ici, mais en même temps je suis pas absolument obligée d'être classe, et puis les mecs années 90 ne sont pas très classes non plus...)

Mais enfin en écrivant cela, je me rends compte aussi que moi la grande gueule tapette, j'ai pas parlé non plus... J'aurais pu demander, comme Brigitte, s'il aimait mes pieds, ou mes fesses, ou moi tout entière; n'a pas la puissance de Galaad qui veut (Galaad, c'est celui qui obtient le Graal), nous sommes tous deux des avortons, des Perceval. Sauf que moi je suis une fille, (même si j'ai la coupe d'un gueux du moyen âge) et tandis que je ne dis rien, j'ai une dense et complexe activité intérieure, qui a été portée à son comble ces derniers jours.

J'en ai assez de me surchauffer comme une cocotte.
Game over.



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C'est une nouvelle partie qui commence.

mardi 10 mars 2009

L'abus d'alcool est dangereux pour le look

L'idée folle de partir en Irlande m'est venue dans un état de sobriété relative: je venais de passer la nuit chez un garçon qui ne me ménage pas en sensations fortes, ma tête surchauffait au soleil et j'avais bien dix nuits de sommeil de retard. Mais enfin, cela n'était rien quant à ce qui allait suivre. 
Olia, elle, avait l'excuse du décalage horaire et d'une maman très encourageante pour de nouvelles aventures pour expliquer logiquement comment elle a pu me suivre dans ce voyage alors qu'elle revenait à peine de New York, et qu'elle ne cuvait pas encore bien son décalage horaire.

En réalité, Olia avait même toutes les excuses du monde, et moi aussi, pour expliquer notre insouciance, et surtout nier notre apparent alcoolisme sous couverture de raisons valables. D'abord, elle est très nerveuse avant de prendre l'avion; pas tous les avions, certains seulement, et figurez-vous que l'heure et demi de vol pour aller à Shannon la stressait beaucoup: et hop! une petite bouteille de Bayley's, même pas glacée, même pas passé midi. Ça commence bien. D'ailleurs, j'aurais bien dû me dire au moment précis où je la vois s'enfiler en douce la bouteille (qu'elle tentait vainement de planquer dans un sac kraft, NYC-style oblige) que les choses allaient mal tourner.

J'ignore si c'était un rituel chez elle de boire avant midi, mais ça l'est vite devenu chez nous; encore une fois, une bonne raison pour s'acheter une petite bouteille de vodka: le Sprite Zero, c'est vraiment dégueulasse. C'est fou comme ça passe mieux avec de la vodka dedans. On la sent même pas.
On aurait dû rester posées tranquillement sur une pelouse, à siroter notre vodka, mais il pleut en Irlande, alors au lieu de ça, nous sommes allées dans le centre commercial de Galway, très drôle, très local: je devais lui montrer.

On finissait la bouteille quand on a acheté un tube à faire des bulles-qui-n'éclatent-pas-quand-on-les-touche! dans une boutique qui s'appelle Magic. Avec de la vodka dans le Sprite Zero, on gobait tous ce qu'on voyait; par chance, on n'avait pas trop envie de voler ce jour-là, sinon on l'aurait acheté, le tapis volant. Bon, une bricole à trois euros, c'est pas grave, même si on fout des bulles dans tout le centre mortes de rire, et dégoutées de voir cette matière bizarre qui fait que les bulles-n'éclatent-pas-quand-on-les-touche!, qui laisse une fine matière genre sperme séché dans les cheveux. Nice.

Le drame, c'est quand l'effet de l'alcool était à son comble et qu'on s'est retrouvées au beau milieu du Tati-Monop'-H&M local: un grand grand magasin hybride, avec pleins de trucs moches, et des perles. Pleins de perles.
Nous étions hallucinées, comme les furies du premier jour des soldes, en pire, parce qu'on n'a jamais fait le premier jour des soldes en furie. On a tout essayé. Olia a voulu s'acheter un maillot de bain alors qu'il faisait quand même 3 degrés dehors. Fallait le vouloir. Je l'en ai dissuadé, mais elle n'a pas pu m'empêcher d'adorer un ciré jaune, "super cool quand il pleut". Super cool, peut-être, en attendant faut l'assumer mon manteau moutarde verni qui fait "fvrouch fvrouch" dès que je bouge les bras. On dirait un peu que j'ai six ans quand je le met, je pense qu'il a d'ores et déjà été motif de désillusion aux yeux d'un garçon esthète que j'aimais bien (moyen, le "salut!" le matin, les bras en l'air, la tête planquée sous la capuche, et la démarche rythmée de fvrouch fvrouch)... Pas grave. Dommage, un peu, quand même.

Bref, mettons le reste de la journée et de nos achats sur le compte de l'enivrement. On a acheté tout pareil, mais pas de la même couleur, pour se rassurer:

-des santiags espagnoles
-des ballerines métallisées
-des gants de toillettes
-des boucles d'oreille
-des barettes
-...

Je lui ai troqué un noeud pour les cheveux contre une culotte, et elle m'a généreusement filé une paire de boucles d'oreille qui tombe.

L'après-midi ne s'est cependant pas arrêté là (ce qui aurait été mieux pour tous, surtout moi); j'ai aussi acheté:

-un noeud rose pour les cheveux
-un serre-tête avec un noeud panthère
-un serre-tête avec des étoiles pailletées
... Et le fameux ciré jaune, que ma soeur m'a offert, sceptique, genre "t'es sûre que tu le mettras à Paris?".
Nous sommes ressorties du magasin, nous, les sobres filles de Paris, accoutrées comme pas possible: Olia, qui se sape plus-mamie-tu-meurs avait ses boots de cowboy, un serre-tête doré dans les cheveux et des grosses boucles d'oreilles dorés genre aïe-les-yeux, tu lui enseignes à J.Lo. Et moi, heureuse comme Dingo avec mon noeud panthère dans les cheveux.

Je disais à Olia, avant de partir, que l'Irlande était la terre du mauvais goût; c'est vrai, on arrive bonnes et l'on repart avec un bidon de bière et l'esprit vaseux.

Ajourd'hui, je regarde dans ma salle de bains les accessoires que je trouvais dingues et je me fous la pression: sois j'arrête le Sprite Zéro-Vodka, soit j'assume.

Entre nous, je suis pas une tapette. 



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lundi 2 mars 2009

Bye Bye Baby

J’en ai trop envie. Un peu de fièvre ne m’en empêchera pas.

Je dois vous faire mes adieux. Bon, je ne pars pas longtemps. Mais je sais à quel point je reviendrais transformée de ce voyage. De ces quelques jours. Des bienfaits de l’Irlande dans mon organisme.

J’ai vécu à l’autre bout du monde, mais il n’y a qu’en Irlande où je me sens comme chez moi. Étrangement, ce n’est pas une terre qui me relie à mes ancêtres, ou qui me réconcilie avec les mythes de ma famille. C’est ma sœur qui s’est donnée à l’Irlande en épousant un Irlandais. Mais c’est moi demain qui vais retrouver un peu de paix intérieure, et de la clarté dans l’esprit.


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Ce n’est pas la même mer. Elle est émeraude et froide, argentée et hostile. Comme je l’aime. Le ciel est blanc quand il ne pleut pas, et les maisons de la baie brillent plus qu’en plein soleil d'août. Les pierres murmurent et les vagues font taire les mouettes que l’on n’entend pas.

Galway.

C’est là que je vais oublier un peu mon Paris soucis, Paris je ris, Paris je jouis. Paris et mes envies. Et puis ça fait tellement longtemps que je suis pas partie avec une amie. Depuis le lycée je crois.

Galway avec Olia.

On ira guincher dans des pubs bruyants, terreux, qui sentent la bière et le bois; on sourira à de pâles rouquins. On écorchera l'anglais, je jouerais de mon accent latin.

Là-bas les hommes offrent leur bras aux jeunes filles dans les rues, les soirs de tempêtes. Et ils portent des cabans d’Empereur. Ils ont le rire facile, le ton léger, et ils rougissent.

Toujours polis, enfin, ces méditerranéens de l’Atlantique.

On fera le marché. On mangera indien. On se couchera tard. On fera rire les filles. On boira du vin. On se fera des câlins en famille. 

Les cols relevés, les lèvres gercées, les joues roses et les yeux qui pétillent. On prendra des photos, ce sera chouette les jours de soleil. Quand il sort leur soleil, il est plus arrogant que partout ailleurs et il entraîne avec lui tous les commerçants. Il n’y a plus rien à redire que ce beau temps. Et l'on se fera des bagels à pas d’heure, tôt le matin.

Je trébucherai sur les pavés de la grand-rue, au grand air. Quelqu’un me relèvera bien.






Et je t’oublierai un peu, j’en ai besoin.



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