mardi 26 juin 2012

26 ans, la vieillesse

26 ans, c'est le second âge ingrat, le véritable début de la vieillesse.




Et on m'avait prévenue : il y a un avant et après ses 26 ans. La première à m'avoir dit la vérité, à l'époque, c'était ma pote Tina, j'avais 23 ans alors, toute mon insouciance insolante encore intacte, je pensais lors que le sport c'était pour les beaufs désespérées et je n'avais même pas besoin de me démaquiller le soir pour avoir l'air frais au petit matin, 3 h de sommeil négligemment autorisées à mon organisme. 
Puis, un 20 novembre comme d'habitude, j'ai passé comme si de rien le cap des 25 et j'ai eu 26 ans. Tina m'avait dit: à 26 ans, y'a un truc qui change véritablement, d'abord au nivaux du cul, tes fesses deviennent naturellement plus molles, la matière c'est définitivement plus la même. C'est le vrai début de la fin : tu commences à penser sérieusement à faire du sport, tu n'as plus trop le choix.  Et puis biologiquement, c'est l'âge où tu cesses d'être jeune, de grandir au niveau céllulaire, et tu entames le long déclin du reste de ta vie vers la vieillesse, vers la putréfaction de tes organes, vers la mort, vers le pire. Bon, c'était pas dis comme ça, mais y'avait de l'idée, et en pensant cette année à aller courir je me suis dit que Tina, sur ce coup-là, elle avait eu raison. 



Donc voilà. 26 ans, la seconde période de l'âge ingrat. Ca ira mieux à 30 ans, je me dis, mais pour l'instant c'est l'âge de la vieillesse qui pointe le bout du nez. Faut dire que dernièrement, je ne suis pas vachement comportée comme une jeunette qui a le vent en poupe, ça fait deux ans que je dépoussière mon passé pour voir si je peux pas recycler un ou deux amours déchues en nouvelle relation (cherchez pas, j'ai testé tous les cas de figure du concept "je me remets avec mon ex", et je pense que je peux scientifiquement attester que c'est foireux, nul et non-avenant) donc bref, ça fait un peu vieille frileuse du coeur qui en plus d'avoir la menace des fesses molles, fais des choix sexuels et amoureux qui sont loin de les lui dérider, là, tout de suite.



Et je vous vois bien venir à vous dire dans votre tête que je m'apitoie un peu trop sur mon sort, que je suis encore jeune et que tout va bien se passer... Figurez-vous que c'est ce que je me disais moi aussi, dans le fond, derrière mon cynisme, jusqu'à ce que j'aille au mariage de mon cousin ce week-end. Un beau mariage, d'ailleurs.
Avec mon cousin, on se voit rarement, il a 30 ans, une belle bande de potes que je ne connaissais pas et normalement, si tout s'était bien passé, j'aurais dû me faire son témoin ou son meilleur pote sous la table, à 5h du matin, cachés sous la nappe. Normalement. Or, c'était sans compter ce côté vieille France parisienne qui existe (donc) encore, qui fait que les mecs ont certes tous 30 ans et le poil brun et frais, mais ils sont maqués depuis 5 ans (au moins) à des filles qui ont les ongles propres et une bague de fiançailles qui ronronne en attendant le mariage de l'année prochaine. Limite s'ils ne doivent pas s'appeler entre eux pour pas mettre leurs mariages à la même date... Bref, allez expliquer ça aux réalisateurs de clip paumés qui traînassent au Mansart, on va bien rigoler, en attendant y'avait rien à croquer qui soit né après 1986 et c'était un peu triste. 



Pourtant moi au début je me sentais jeune, célibataire depuis presque 24h, le vent en poupe, les tripes bien en place. Mais même aux yeux des autres la page de ma jeunesse a tourné, je l'ai bien vu au discours que tous les cousins mariés, bohèmes, heureux, avec des enfants qui s'appellent Pénélope et Dante m'ont tenu. Ils ne m'ont plus dit "mais t'es encore jeune, tout va bien se passer"comme quand je n'avais pas mes 26 ans bien tapés, ils ont commencé à me donner des conseils, genre sérieusement, comme si là déjà je commençais à toucher le fond et que mon teint pimpant et mes yeux bleus n'étaient plus aptes à m'assurer un avenir amoureux radieux.

Alors j'ai dû m'en bouffer des conseils, comme une vieille célibataire à chats depuis 15 ans (alors que merde, quoi, 24h de célibat, soyez sympas, je pourrais être au bout du rouleau, dans le fond de mon coeur) et pour vous la faire courte, les sages conseils de mon gentil entourage familial se résumaient donc globalement à :
-arrête d'être chiante 
-arrête d'être chiante
-arrête de tout penser, t'es chiante

Je comprend que c'est pour mon bien, mais j'en ai rien à battre, et vu que de mon côté, je suis d'ores et déjà une vieille conne, je les ai mentalement balayés de ma tête aussi sec, leurs conseils. Sauf un.

C'est un Italo-Américain, une pièce rapportée comme on dit dans les familles relous, qui m'a pris par les sentiments dès le départ quand, en guise de préambule, il m'a dit que lui aussi, en couple, il se sentait comme dans une prison au bout de deux semaines.

Aaaah, enfin on parle la même langue, Luigi.

Et la seule chose qu'il m'a dit, c'était plus une sentence jedi type Yoda qu'un conseil et ça m'a marqué comme un petit padawan :

"Tu cherches au mauvais endroit, baby. You're looking in the wrong places."

C'est la pensée que j'ai trouvé la plus intéressante, la plus intelligente, de commencer un peu à questionner le spatio-temporel de nos rencontres, et je me suis dit qu'il n'avait sans doute pas tort, puisque comme je vous ai avoué, j'ai pas mal pioché dans le passé dernièrement, ce qui n'est pas vraiment la good place, je crois, pour des amours florissantes.

Donc aujourd’hui, ça résonne encore : les mauvais endroits. C'est bien possible. Quoiqu'il en soit, je crois que j'ai pas tout à fait élucidé la question, mais le délire de quête mystère me tente bien... Et oui, promis, quand j'aurais testé toutes les sphères possibles et imaginables, je veux bien essayer de commencer à me remettre en cause et me dire qu'il faut définitivement que j'arrête d'être chiante.


samedi 17 décembre 2011

*2012*

Le problème avec la voyance, c'est que tant qu'on y entend ce qu'on veut bien entendre, on y croit volontiers. Or, dès que ça dépasse nos petits plans prévus de 2012 à 2014, ça y est, on flippe.


Alors voilà : une voyante plutôt bankable, du genre qui a une villa au States, bosse de loin sur Skype et coûte 150 euros de l'heure, est passée à la rédaction comme cadeau de Noël express et surprise de la part de ma boss.Étrange étrenne : on nous offre une séance de voyance comme un jour, peut-être, on finira par nous offrir une séance chez le psy, histoire de nous calmer cinq minutes et donner un sens à notre vie. Bref, j'ai envie de dire que le monde va mal, que les Hommes sont en quête de spiritualité et qu'il faudra qu'on arrête trois secondes de mater des lol cats à longueur de journée si on veut que cela s'améliore. Mais bon.

Comme j'ai de la chance depuis que je suis née (j'ai les yeux bleus), c’est moi qui passe la preum's avant les collègues, histoire de déblayer le terrain de la Destinée. Notre madame Irma avait fait à l'avance notre thème astral, avec ma date de naissance et l'heure, ce qui fait de moi une Scorpion Ascendant Sagittaire. Créative, très intelligente, impétueuse, blabla, avec quelques problèmes niveau financier, surtout. Pas faux. Elle me conseille alors d'aller voir une coach pour apprendre à parler d'argent. J'y penserai.

Enfin, on parle carrière, amour, enfant. 2012 année de la lose, pour les Scorpions c’est certain : il ne se passera rien de bien pour cette année-là. Par contre, un jour, je travaillerai dans le cinéma, j'adapterai en scénario le livre que j'aurais écrit en 2014, et qui sera publié instantanément. Ok, jusqu'ici je n'avais rien demandé, mais c'est plutôt cool. En même temps, avouons que dire à une journaliste qu'elle écrira, ça casse pas trois pattes à un canard.

Mais mettons, écrivain, je vais pas cracher dans la soupe de mon rêve. Enfin, j’aurais du fric vers 36 ans, encore dix bonnes années de galère, je vais kiffer ma vie de mère avec une petite fille dans pas très longtemps et surtout, surtout, je vais voyager, habiter quatre pays différents, vadrouiller avec l'enfant et... rencontré l'âme sœur en 2013. J'avoue que j'ai pas bien saisi quand venait le môme, mais passons. Quand elle a dit "âme sœur", elle avait pas l'air de rigoler et elle a ajouté que c'était un baroudeur de folie, que j'en serais "baba", qu'il sera ultra cultivé et intelligent, et qu'ensemble, on allait créer. Ambiance écriture à quatre mains et amour total avec un Corto Maltese, franchement ça donne un peu envie sur le coup.

Mais y'a comme un gros hic, et je lui ai dit après son monologue de l'amour de 2013 : "C'est bizarre cette rencontre, parce que là, je suis avec quelqu'un, et c'est sérieux." (Merde.) (Elle avait pas vu dans ses cartes de tarot ni dans son thème astral que j'étais maquée.)

Elle s'est pas démontée, a posé encore quelques atouts, a invoqué mes doutes possibles, l'ambiance Jules et Jim qui allait se créer et toutes les possibilités qui allaient s'offrir à moi. Une vie trépidante, et à défaut du choix des armes, le choix des hommes.

Si l'on fait le bilan de cette étrange séance, avec trois nanas dégoutées sur six (les dégoutées, dont je fais donc partie, sont celles à qui la voyante a dit ce qu'elles ne voulaient PAS entendre) qui ont refusé catégoriquement ses visions, je ne peux pas nier que la voyance ait un effet insidieux très particulier. Au début, tu te dis "Bullshit", ton mec s'énerve et te dis qu'il t'aime, qu'il s'engagera, et que Jules et Jim vont aller brûler en enfer si ça continue. Tu te dis qu'une année de merde en perspective c'est inacceptable, que t'as pas que cela à faire de 2012, et que j'en ai rien à fiche du bouquin de 2014 et du love de 2013, je veux tout maintenant right now et que ça saute.

Puis un mois passe. C'est rien un mois, c'est tout petit, c'est Noël et la bonne année, et pourtant, c'est déjà un monde. Depuis, 2012 est arrivée, et un vent d'étrange liberté s'est emparée de moi : je dis étrange car je sens encore que je n'ai pas de pouvoir dessus, simplement j'en sens l'odeur qui excite les papilles de mon cerveau, j'en ressens les possibilités encore que je n'ose pas tenter. Et en ce mois, essayant de me délivrer des prophéties ennemies de mon présent, y'a comme des doutes qui reviennent.

Ah ouais ? Corto Maltese en 2013 ? Pas chère payée, une année pour l'âme sœur, quand j'y repense.

Et celui qui est là, Jules ou Jim allez savoir, alors quoi, le sort se joue de lui, et moi avec ?

"Ne vous inquiétez pas pour lui, il vous laissera partir, ne voudra pas s'engager, et trouvera vite quelqu'un d'autre." C'est qu'elle a pensé à tout la sale pute, à me déculpabiliser pour l'avenir, me laissant sans scrupule déboussolée au présent.

Insidieux procédé et vicieuse prophétie : certains ont tendance à se réfugier dans le passé, moi désormais j'inaugure la fuite vers mon futur.

A chacun ses résolutions... Moi, 2012, c'est l'année où il va falloir que je trouve quelque chose de bien à faire de mon présent.

Bordel de bordel de 2012.

jeudi 14 juillet 2011

Rien de nouveau sous la névrose

Quand j'étais petite, je me rappelle que je saoulais ma mère avec cette question des névroses. C'est quoi des névroses ? Je me demandais. Et je lui disais : "Plus tard, je veux pas finir comme ces névrosées de 30 ans qui vont chez le psy, et font l'amour tristes."



J'étais obsédée à l'idée de finir comme une adulte névrosée. Ça me déprimait, ces adultes névrotiques de partout, comme des jeunes à problèmes sauf que ce sont des vieux casse-couilles. Puis, pendant longtemps j'essayais de savoir si j'en avais, ou pas, des névroses. Et, franchement, même si ça va en faire rire certains, j'étais persuadée de ne pas vraiment en avoir. Pas du tout même. Je me trouvais cool : du genre à prendre du thé ou café le matin, selon. Une douche matin ou soir. Pas d'oreiller préféré. Pas de préférences. Libre. Libre de névroses.




Là, dernièrement, j'ai enfin compris ce que c'est la névrose. C'est salaud, hein, mais c'est mon mec qui me l'a dit, que j'étais névrosée. Déjà, c'est la première fois qu'on me le dit tout de go, et franchement je me demandais bien pourquoi, sur le coup. En plus, ça lui paraissant évident, "Je suis pas un mec pleins de névroses, comme toi", alors que je voyais pas du tout de quoi il voulait parler. Sauf que, quand on y pense, tenir ce genre de discours sur les névroses à sa mère quand on a 10 ans à peine, c'est déjà être pas mal névrosée. Dans le fond.

Faut le dire, j'ai toujours été précoce ; même dans la névrose, apparemment.

Et parallèlement à cela, parce que je ne suis jamais à un paradoxe près, comme disait mon amie Pauline quand j'étais en pension, "C'est si simple d'être compliquée, et si compliqué d'être simple", niveau névroses, j'ai toujours pensé et admis que j'étais névrosée sur le couple. Sans faire le lien, je savais profondément que l'engagement, ça me faisait flipper depuis toujours. A force, les échecs sentimentaux et autres méandres, on commence non seulement à tenir des comptes, oui m'sieurs-dames, mais aussi à faire des conclusions... Voilà, i know, j'ai l'angoisse du couple.




Avec le temps, la rationalité, les amis, la vie, on se convainc qu'on tripe un peu, qu'en fait non, on n'en a pas si peur que cela, la preuve on est souvent maquée, et puis on kiffe bruncher à deux le dimanche et on admet que faire l'amour aussi souvent, c'est hyper cool. Aucun problème avec le couple, je gèèèère.

Sauf que quand je me dis cela, je me leurre. Ou plutôt, j'essaie de leurrer ma névrose.

Parce que la névrose, c'est comme Sega : plus fort que toi. Il suffit que tu penses l'avoir semée pour qu'elle revienne sous sa plus belle forme : physique.



Tiens, dis "nous deux", que ça me pince dans le ventre pour voir.

C'est cela qui m'arrive à chaque fois que je l'oublie, ma névrose du couple : perfide, rien qu'un mot d'amour de trop, à peine, ou un regard trop tendre, ou un baiser trop langoureux alors qu'on n'est pas tout nus, et ça me coupe le souffle. Ça coince directement dans l'estomac. J'ai peur. Je flippe. Physique, vous dis-je.




Respire.

Je vois mille échecs, mille concepts, des pavillons en banlieue et des mecs qui se tirent quand t'en es à huit mois pour des ovaires plus frais, le tout sur une bande-son de miaulement de chat hystérique et affamé à qui on n'a pas changé la litière depuis 3 semaines. Définitivement comme une bamba triste. Bref, dans ces visions d'horreur qui rentrent mon ventre vers l'intérieur jusqu'à ce qu'il ressorte par mon dos, l'idéal serait de briser la névrose, de faire quelque chose, de garder espoir. Bordel.

Respire.

Alors quoi faire ? En parler ? Le dire ?

Chéri, là, j'arrive plus à respirer. Oui oui, c'est depuis que tu m'as dit "je t'aime".




N'allez pas croire non plus que je l'ai jamais dit, tout ça, les "je t'aime" et les toujours et les mamours, ça va hein, on a tous un surnom planqué sous le lit qui frise le ridicule. Nous aussi on a été amoureux, heureux. N'empêche : c'est ne pas compter sur le facteur surprise. Aussi perfide que la névrose celui-là, tiens, on dirait qu'ils vont de paire.



Respire.

Et quand on est surprise, par soi, par l'autre, par des sentiments, des situations, tout et n'importe quoi, juste quand 30 secondes notre cerveau vit un truc qu'il ne s'imaginait pas, ou plus, y'a tout qui se réveille à l'intérieur. Ça vrombit. Cataclysmes. Tempête. T'empêche. Et paf ! ça réveille d'abord les névroses. Subrepticement.

Respire.



Tout le monde est en place? Ok ? Névroses à l'appel ?

Respire.

J'attends la suite.